Oct 19

Putain, 2 ans !

By Antoine | Humeur , L

2 ans que je me relève de la position à 4 pattes.

Aujourd’hui, je marche, je gambade, je coure. A fond la forme !

Ce souhaite partager cet anniversaire d’allégresse avec tous ceux qui ont suivi mes péripéties via mon blog de la catégorie « L »…

Sep 15

Svaluation

By Antoine | Non classé

Svaluation !

Le mariage de ma petite cousine Inès à Rome fut un concentré de superlatifs. Alors résumons les : BEST WEDDING EVER!

Et pour prolonger l’ambiance, je partage avec vous un des titres sur lesquels nous avons dansé à La Maglianella transformée en boite de nuit sous les étoiles !

Paroles et traduction suivent. Vive l’Italie et les italiens !

Eh la benzina ogni giorno costa sempre di più

e la lira cede e precipita giù

svalutation, svalutation.

Cambiando i governi niente cambia lassù

c’è un buco nello Stato dove i soldi van giù

svalutation, svalutation.

 

Io amore mio non capisco perché

cerco per le ferie un posto al mare e non c’è

svalutation, svalutation.

 

Con il salario di un mese compri solo un caffè

gli stadi son gremiti ma la gente dov’è

svalutation, svalutation.

 

Mah, siamo in crisi ma,

senza andare in là

l’America è qua.

 

In automobile a destra da trent’anni si va

ora contromano vanno in tanti si sa

che scontration, che scontration.

 

Con la nuova banca dei sequestri che c’è

ditemi il valore della vita qual è

svalutation, svalutation.

 

Io amore mio non capisco perché

tu vuoi fare il gallo poi fai l’uovo per me

sul lettation, sul lettation.

 

Nessuno che ci insegna a non uccidereè

si vive più di armi che di pane perché

assassination, assassination.

 

Ma quest’Italia qua se lo vuole sa

che ce la farà

e il sistema c’è

quando pensi a te

pensa… anche un po’ per me.

 

 

Eh l’essence coûte plus cher de jour en jour, alors que la
valeur de la lire baisse et s’engouffre :
dévaluation, dévaluation.

En changeant de gouvernement, rien ne change là-haut
Il y a un trou dans l’Etat d’où l’argent tombe :
dévaluation, dévaluation.

Moi, mon amour, je ne comprends pas pourquoi
je cherche pour les vacances un endroit à la mer et il n’y en a pas
dévaluation, dévaluation.

Avec le salaire d’un mois on ne se paie qu’un café
les stades de foot sont bondés, mais les gens où sont-ils :
dévaluation, dévaluation.

Ben ouais,
on est en crise mais,
sans devoir aller bien loin
l’Amérique est ici.

En voiture, on roule à droite depuis trente ans
et maintenant il y en a tellement qui roulent à
contre-sens, on le sait bien
quel choc-ation, quel choc-ation.

Avec la nouvelle banque des séquestres qu’on a
dites-moi quelle est la valeur de la vie
dévaluation, dévaluation.

Moi, mon amour, je ne comprends pas pourquoi
tu veux faire le coq puis tu joues l’oeuf pour moi
sur le lit-ation, sur le lit-ation.

Personne ne nous apprend à ne pas tuer
on vit plus des armes que du pain, pourquoi
assasin-ation, assasin-ation.

Mais cette Italie-là, si elle le veut elle sait
qu’elle y arrivera
et le système existe
quand tu penses à toi
pense… aussi un peu pour moi.

Août 12

Le vert paradis des amours enfantines

By Antoine | Poésie

Les choses tristes et errantes

Frédéric Mitterrand a interviewé cette semaine sur LCP notre ancien Président VGE pour en faire jaillir ses mémoires. L’entretien est certainement passé inaperçu au beau milieu des variétés et autres amusements légers, si légers, dispensés par la télévision française à une population en pleines vacances (vacance intellectuelle).

VGE a achevé l’exercice sur une note très personnelle avec une récitation de mémoire qui, manifestement, l’a profondément ému, du poème Moesta et errabunda de Baudelaire (les Fleurs du Mal, 1857) :

« (…) Comme vous êtes loin, paradis parfumé,
Où sous un clair azur tout n’est qu’amour et joie,
Où tout ce que l’on aime est digne d’être aimé,
Où dans la volupté pure le cœur se noie!
Comme vous êtes loin, paradis parfumé!

Mais le vert paradis des amours enfantines,
Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
Les violons vibrant, derrière les collines,
Avec les brocs (le vins, le soir, dans les bosquets,
Mais le vert paradis des Amours enfantines,

L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
Est-il déjà plus loin que l’Inde et que la Chine?
Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,
Et l’animer encor d’une voix argentine,
L’innocent paradis plein de plaisirs furtifs? »

Mai 25

Speechless…

By Antoine | Politique

Les adieux déchirants de Theresa May. Sa pugnacité l’abandonne dans ses derniers mots.

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J’aurais honte d’être britannique ou plutôt anglais et d’être représenté par ce piètre parlement.

« Messieurs les anglais, tirez vous les premiers ! »

Mai 24

Prendre de la hauteur

By Antoine | Humeur

Thanks God it’s Friday !

Notre petite équipe Consulting Sud-Ouest sait prendre le temps de vivre. Le temps d’un vendredi…

Déjeuner grandiose à l’Hôtel Ha(a)ïtza du Pyla : huitres grillées, bisque de crabe vert, pointes d’asperges et txistorras (petites saucisses basques épicées) puis un très Saint Pierre sur un Domaine d’Ot.

Pour rester à ce haut niveau du bon gout, nous n’avions pas d’autre choix que de prendre l’hélicoptère pour survoler le banc d’Arguin, les passes, les cabanes tchanquées, les lacs de Cazaux et de Biscarosse…

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Pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous l’hymne du Pays Basque, la Peña Baiona (vino griego). Mais, mais, mais ! Le lecteur objectera que la Gironde et la cote landaise ne sont pas au Pays Basque… Certes ! Mais les  connaisseurs relèveront que l’hotel Ha(a)ïtza appartient à des basques. ET puis j’avais envie d’écouter une musique de fête !

Mai 18

Romance sonámbulo

By Antoine | Poésie

Hommage à Federico Garcia Lorca

Verde que te quiero verde.
Verde viento. Verdes ramas.
El barco sobre la mar
y el caballo en la montaña.
Con la sombra en la cintura
ella sueña en su baranda,
verde carne, pelo verde,
con ojos de fría plata.
Verde que te quiero verde.
Bajo la luna gitana,
las cosas le están mirando
y ella no puede mirarlas.

              *

Verde que te quiero verde.
Grandes estrellas de escarcha,
vienen con el pez de sombra
que abre el camino del alba.
La higuera frota su viento
con la lija de sus ramas,
y el monte, gato garduño,
eriza sus pitas agrias.
¿Pero quién vendrá? ¿Y por dónde…?
Ella sigue en su baranda,
verde carne, pelo verde,
soñando en la mar amarga.

              *

Compadre, quiero cambiar
mi caballo por su casa,
mi montura por su espejo,
mi cuchillo por su manta.
Compadre, vengo sangrando,
desde los montes de Cabra.
Si yo pudiera, mocito,
ese trato se cerraba.
Pero yo ya no soy yo,
ni mi casa es ya mi casa.
Compadre, quiero morir
decentemente en mi cama.
De acero, si puede ser,
con las sábanas de holanda.
¿No ves la herida que tengo
desde el pecho a la garganta?
Trescientas rosas morenas
lleva tu pechera blanca.
Tu sangre rezuma y huele
alrededor de tu faja.
Pero yo ya no soy yo,
ni mi casa es ya mi casa.
Dejadme subir al menos
hasta las altas barandas,
dejadme subir, dejadme,
hasta las verdes barandas.
Barandales de la luna
por donde retumba el agua.

              *

Ya suben los dos compadres
hacia las altas barandas.
Dejando un rastro de sangre.
Dejando un rastro de lágrimas.
Temblaban en los tejados
farolillos de hojalata.
Mil panderos de cristal,
herían la madrugada.

              *

Verde que te quiero verde,
verde viento, verdes ramas.
Los dos compadres subieron.
El largo viento, dejaba
en la boca un raro gusto
de hiel, de menta y de albahaca.
¡Compadre! ¿Dónde está, dime?
¿Dónde está mi niña amarga?
¡Cuántas veces te esperó!
¡Cuántas veces te esperara,
cara fresca, negro pelo,
en esta verde baranda!

              *

Sobre el rostro del aljibe
se mecía la gitana.
Verde carne, pelo verde,
con ojos de fría plata.
Un carámbano de luna
la sostiene sobre el agua.
La noche su puso íntima
como una pequeña plaza.
Guardias civiles borrachos,
en la puerta golpeaban.
Verde que te quiero verde.
Verde viento. Verdes ramas.
El barco sobre la mar.
Y el caballo en la montaña.

Mai 08

Ponte Novu, il y a 250 ans

By Antoine | Histoire

Le 8 mai 1769, la bataille de Ponte Novu marquait la fin des 14 années d’indépendance éphémère de la Corse. Le général et père de la nation Corse, Pasquale Paoli, perdait le combat face à 22 000 grenadiers du comte de Vaux. Louis XV pouvait prendre possession de cette ile achetée aux génois en compensation de la dette de ceux-ci…

Cela fait 250 ans que les corses commémorent leur rêve évaporé.

Sauf que… ce rêve se vit ailleurs !

Les grands penseurs et philosophes de l’époque et d’aujourd’hui sont unanimes pour reconnaitre que Paoli fut l’un des principaux inspirateurs du projet d’indépendance et de la constitution nord-américaines. En 1755, la Corse fut le premier régime de l’histoire à se doter d’une constitution la plus droit-de-l’hommiste possible: suffrage universel, droit de vote pour les femmes, séparation des pouvoirs, université libre, bourses d’études au mérite…

Une chanson très émouvante de VOCE VENTU vient raviver ce souvenir. Elle est étroitement inspirée d’une lettre du très jeune Napoléon Bonaparte (le 12 juin 1789) adressée à Paoli, alors parti en exil à Londres, dans laquelle il lui témoigne son admiration. Napoléon naquit le 15 aout 1769, quelques jours après la bataille de Ponte Novu.

Ne fut-il pas l’incarnation de la revanche de la Corse ? Respect.

Je partage avec vous la lecture de sa lettre puis le titre O GENERALE dont vous trouverez les paroles plus bas dans ce post.

Chì alba fù, chì alba era ?
Una nazione o una guerra ?
Chì fù stu maghju veranu neru
A sanguiniccia sott’a bandera.

À mezu à lagni eppo sciagura
Cusì sò natu in terra sdrutta.
Da la putenza senza primura
Privu di noi di u nostru fruttu.

O Generale, O patria disfatta d’ùn avè
a forza è l’arme d’un indegnu vulè.
Cù Ponte Novu aghju vint’anni
È u so frombu mi sarà
O Generale avà un dolu è un spirà.

Cù la cuscenza è lu tramannu,
Contr’à i sbiri è lu guvernu.
U vogliu palisà l’ingannu
Chì misse u populu à caternu.
A verità a vogliu scrive,
Datemi capu O gran Pasquale
Da fallu degnu è fallu vive
Di tutti i Corsi l’ideale.
O Generale, O patria rapita in lu vulè
dà forza à l’arme di lumi è di sapè.
Cù Ponte Novu aghju vint’anni
È u so cantu mi darà.
O Generale avà un scopu è un campà
Ne vogliu esse O Generale
Di u putere la contraparte
Di u rinnovu lu mutale.
Napuleone Bonaparte

Traduction :

Que fut cette aube, qu’était cette aube ?
Une nation ou une guerre ?
Que fut ce mois de mai, ce printemps noir ?
La boucherie sous la bannière
Au milieu des pleurs et des malheurs.

Ainsi je naquis en une terre ravagée
Par la puissance sans scrupule.
Ainsi privé de nous, de notre fruit
O Général, O Patrie défaite de n’avoir pas eu
La force et les armes de l’indigne pouvoir.
Comme Ponte Novu, j’ai vingt ans
Et son souvenir me sera
O Genéral, désormais autant
un deuil qu’une revanche.

Avec la conscience et le tourment
Contre le pouvoir et ses soldats
Je veux dénoncer l’imposture
Qui mit notre peuple aux abois.

La vérité je veux l’écrire
Ecoutez-moi O Grand Pascal
De lui rendre sa dignité, et la faire vivre
En tous les corses, un idéal.

O Général, O Patrie dérobée à l’esprit,
Renforce les armes de lumière et de savoir.
Comme Ponte Novu, j’ai vingt ans
Et son souvenir donnera
O Général, désormais, un sens à mon existence.
Je veux être, O Général,
Du pouvoir le contrepoids
Le porteur du renouveau.
Napoleon Bonaparte

Fév 03

Enfin le royaume

By Antoine | Poésie

François Cheng

« Ne quémande rien. N’attends pas

D’être un jour payé de retour.

Ce que tu donnes trace une voie

Te menant plus loin que tes pas. »

 

Jan 24

Vacances romaines

By Antoine | Humeur

Sò compié e vacanze…

Oui, les vacances (romaines) sont bien finies. Miss Saigon vient d’être embarquée par un transporteur. Destination… la Corse où un acheteur a sauté sur l’occasion lorsque je me suis résolu à mettre en vente ma Vespa de 1962.

Nous avons bourlingué ensemble 17 ans. Elle en a 57, moi 45. Vieux couple, nous étions un peu les Macrons de la route. Je l’avais rencontrée à Saigon, dans son jus, et l’avais faite rénover « to the nuts and bolts », jusqu’au dernier rivet. Ensuite, elle pétaradait et paradait comme pas deux dans les rues de Saigon. Nous faisions des virées entre amis, un jour jusqu’au Cap Saint Jacques où nous sommes allés distribuer des médicaments dans un orphelinat.

Je l’adorais. Pourquoi ? Parce qu’elle représentait le passé que j’aime tant. La tôle, l’essentiel, le style et l’émotion. La peur de la panne et la fierté des grandes traversées sans encombre.

Certes, elle freinait mal, ne voulait pas tourner, était instable et renâclait à démarrer parfois… Mais ses défauts faisaient partie de son charme et j’en étais raide amoureux.

C’est par contrainte que je m’en sépare et j’ai le cœur lourd. Je pleure comme un enfant à qui on a enlevé son plus beau jouet.

Vespa dernière

 

Nov 12

The Beast enfume l’Elysée : tel maitre, telle voiture

By Antoine | Politique

En marge des images et du discours très émouvants de la cérémonie du centenaire de l’Armistice de 1918, une autre image m’a marqué et je pense m’en souvenir longtemps, hélas : celle de la voiture, mastodonte blindé et arrogant, de Donald (Duck) Trump qui enfume le perron de l’Elysée…

La goujaterie a un visage.

Rien ne pouvait mieux résumer l’affront des USA à la face du monde. « We don’t give a shit ».

Mais les tweets rageurs de Trump ne valent rien face aux 19 mn de discours de Macron sous l’Arc de Triomphe. Ecoutez donc ceci.

Oct 28

La liberté guidant le peuple

By Antoine | Non classé

Ne croyez pas que je suis obnubilé par le conflit israélo-palestinien.

Celui-ci est sans espoir. Mais comment ne pas s’émouvoir de la force évocatrice de l’image de ce jeune homme, renvoyant au tableau de Delacroix ?

Si l’on ne peut plus espérer, peut-on encore s’émouvoir ?

Oct 18

Mères…

By Antoine | Poésie

Albert Cohen, écrivain suisse, savait rendre hommage

 

«Je vous salue, mères qui pensez à nous sans cesse et jusque dans vos sommeils,

mères qui pardonnez toujours et caressez nos fronts de vos mains flétries,

mères qui nous attendez,

mères qui êtes toujours à la fenêtre pour nous regarder partir,

mères qui nous trouvez incomparables et uniques,

mères qui ne vous lassez jamais de nous servir et de nous couvrir et de nous border au lit même si nous avons quarante ans, qui ne nous aimez pas moins si nous sommes laids, ratés, avilis, faibles ou lâches, mères qui parfois me faites croire en Dieu.»

Sep 16

Rateau, Yves, Goodbye !

By Antoine | Souvenirs

L’homme git là.

Depuis 4 ans déjà mais le temps n’a plus de prise sur lui maintenant. La pierre tombale, cuite et recuite par le soleil de cette fin d’après-midi de septembre réchauffe-t-elle la nuit du tombeau ? Ni chaud, ni froid, Yves est au-delà des plaisirs et des souffrances. Il git, serein. Une vie bien remplie à son actif. Il peut maintenant rester passif.

Son épouse, sa veuve, s’était accroupie, posant une fesse sur la marche du caveau, la tête tournée vers le soleil qui déclinait au-dessus des toits de l’église romane. Le petit cimetière de Fronsac est désert, comme toujours. L’exode rural affecte aussi les cimetières où l’on voit de plus en plus de tombes abandonnées ornées d’un panonceau de la mairie demandant à la famille de se manifester pour cause d’expiration prochaine de la concession. Il n’y a donc plus rien d’éternel, ni en ce bas monde, ni dans l’au-delà ?…

La tombe des Kermoal connaitra-t-elle le même sort ? Un jour, un panonceau priera-t-il la famille de venir entretenir la sépulture ou de payer le prix d’une nouvelle concession ?

Fronsac

Son épouse, sa veuve, a du mal à se relever. Non point en raison de l’âge de ses articulations, mais parce qu’elle sait que se remettre debout formalisera le signe du départ. Partir de Fronsac, c’est tourner une page, un chapitre, un volume, l’encyclopédie d’une vie de couple de près de 40 ans. Alors elle reste quelques instants de plus et elle se remémore.

Ils se sont dit « oui » dans la moiteur équatoriale du Nigéria. La luxuriance du jardin de leur villa de fonction la transposait tellement loin du macadam parisien où elle avait toujours vécu. Une nouvelle vie s’ouvrait ainsi à elle. Une vie d’expat. Plus les petits marchés de Lagos que la Samaritaine ; plus les camemberts congelés rapportés par le vol UTA que le café-croissant place de la Madeleine ; plus les sables de la lagune que ceux du square du Ranelagh. Et moi, qui n’avais qu’un an.

Ce second mariage sera-t-il le bon ? A en juger par sa durée, la réponse est aujourd’hui connue. Mais l’intensité de cette vie de couple à travers les pays et les décennies permet encore plus de répondre oui.

Elle se souvient des orages équatoriaux et de sa fille chassant dans le jardin avec un balais les crapauds trop bruyants qui l’empêchaient de dormir. Elle se souvient du rose flamboyant des bougainvilliers recouvrant de la fière façade de la quinta de Sao Romao à Cascais, dressée face à l’Atlantique. Elle se souvient de la roseraie à Johannesburg et de ces oiseaux Adedas qui la parcouraient de leurs grandes pattes, dans la brume de l’aube, à la recherche de leur pitance.

Et puis en 1981, la retraite victorieuse et l’établissement dans la grande demeure familiale du Gaby surplombant la vallée de la Dordogne. Les voici, propriétaires terriens, surveillant leurs vignes de Canon Fronsac sur leurs coteaux argilo-calcaires. Les petits matins de septembre, ils ouvraient leurs volets et voyaient les ouvriers agricoles déjà à l’oeuvre pour la vendange du millésime 1982. On se souviendra longtemps du goût dans le palais de ce cru d’exception, tandis que moi je découvrais le vin avec les millésimes 1983 et 1985, mes favoris. Dehors, dans la cour du château, planaient les vapeurs d’alcool de la fermentation du vin dans les cuviers. Douce ivresse…

Tandis que le bus Saviem de ramassage scolaire fendait le brouillard de ses phares jaunes pour me descendre vers l’école communale, je laissais derrière moi ce couple tendre qui vaquait à ses occupations : Yves s’appliquait à la pose des étiquettes sur les bouteilles, assis dans le vieux chai sur une chaise branlante. Patricia tapait à la machine les catalogues et les courriers à destination des fidèles clients amateurs des vins tanniques du château du Gaby.

Une vie calme aurait pu ainsi couler, aussi sereinement que les eaux de la Dordogne défilant en contrebas. On aurait pu regarder pousser les grands arbres déjà centenaires : chênes, sapinettes, cèdres… en priant pour que la tempête hivernale suivante ne les jette pas à terre. Mais la vie aussi connait ses tempêtes et en 1985, la mort soudaine de l’oncle Henri fit apparaitre une ardoise dans sa comptabilité qu’Yves s’honorera à éponger, quitte à devoir vendre la propriété qui était dans sa famille depuis trois siècles.

Comme Capri, « le Gaby, c’est fini ».

Nous avons tous ensemble découvert le domaine de Rateau, notre nouvelle demeure familiale, juste au Nord de Libourne. Pour un peu, par-dessus la crête du vallon, nous pouvions voir le gros château d’eau de Saillans qui se dressait derrière le Gaby. Nous n’allions donc pas si loin et moi, j’aimais bien continuer d’aller à la messe du dimanche à Fronsac, dans sa vieille église du XIème siècle.

Rateau fut un havre de paix. Plus confortable que le Gaby. Sans plus ses prestigieuses vignes, mais sans non plus la corvée de l’étiquetage dans le vieux chai. Yves pouvait commencer à vieillir, mais sans se presser, recevant ses amis et les nombreux membres de la famille.  Richard continuait de venir l’été pour nous faire mourir de rire avec ses histoires. L’allée se prêtait tout aussi bien à de longues parties de pétanque et les grenouilles chantaient aussi fort le soir que leurs congénères de Lagos.

Son épouse aurait certes aimé côtoyer des amis un poil plus jeunes et la bourgeoise libournaise n’était pas vraiment distrayante, mais on était bien, là, entre deux tontes et un bain de soleil au bord de la piscine. Cyril, arrivé à Rateau à 4 ans, fut le petit farfadet apportant tous les jours la fraicheur de son jeune âge. Yves était un vieux jeune père et Cyril lui fit du bien. Et puis les petits-enfants sont nés et Rateau est devenue une pouponnière. Les fêtes de la Nativité ont renouvelé la magie des soirées de réveillon, les cris d’excitation des enfants, les foies-gras faits maison…

En mai, nous cuisions des aloses au barbecue, fourrées d’oseille, comme il se doit, pour dissoudre les arêtes. A l’automne, les poêlées de cèpes concurrençaient en superlatifs les cotes de bœuf grillées de chez Casajus.

La vieillesse s’est approchée tout doucement, pour ne pas nous effrayer. Yves maintenait son agilité d’esprit en continuant d’écrire ses merveilleuses pièces de théâtre qui, toutes, transportaient le lecteur sur les rivages granitiques de sa Bretagne d’origine. Il s’est également mis au piano, tandis que Yann peignait dans le garage, nimbé des vapeurs de white spirit. Le soir, Yann prenait possession du piano et, sans avoir jamais réellement pris de cours, ses doigts glissaient sur le clavier et improvisaient des airs à vous retourner l’âme tant ils étaient chargés de spleen et de profondeur.

Et puis Yann est décédé, comme son frère Alexis quelques ans plus tôt. Yves survivait à ses enfants. Après ses mémorables « quatre-vingts endives », il ne comptait plus les bougies sur ses gâteaux d’anniversaire. Nous non plus. Nous savions que nul n’est éternel, mais nous accompagnions Yves sans trop redouter le futur.

Les dernières années furent pourtant difficiles, pour lui, mais aussi pour son épouse, qui savait bien qu’elle aurait à s’occuper de plus en plus de lui. La charge fut lourde, mais l’amour qui animait le couple permettait de tenir bon.

En plein été 2014, pourtant, Yves tirait sa révérence, non sans avoir rédigé ses mémoires, vibrantes, qui imposaient le plus vif respect pour cette vie d’homme si bien remplie.

La pierre chaude du tombeau du petit cimetière de Fronsac rouvrait ses portes pour accueillir Yves qui y rejoignait ses parents, son frère, sa sœur et ses deux enfants. Il nous laissait au dehors, à Rateau, devenue soudainement trop grande.

Sauf que Rateau m’a accueilli durant toute ma maladie. J’y ai souffert. J’y ai guéri. Reconnaissance éternelle envers ses quatre murs.

Eté 2018. la maison a enfin trouvé preneur et son épouse, sa veuve, achève le déménagement avant de partir s’installer au Pays Basque. Elle ne pouvait pas quitter le libournais sans venir embrasser Yves et lui dire merci pour cette si belle vie passée à ses côtés. Elle se relève, ça y est, elle part.

Allez, va maman ! Va retrouver les vivants, les bons vivants de Saint Jean de Luz. Tes anciens amis de ta jeunesse parisienne qui, eux-aussi, ont quitté la capitale pour la côte des basques.

Rateau ciel bleu

Sep 08

Bas du front

By Antoine | Humeur

Alors que le monde part en sucettes sous les coups de boutoirs de butors de Trump, Poutine, Xi, les Brexiters et les populistes italiens, les spectateurs du PAF n’ont d’yeux que pour les bourre-PIF de Booba et de Kaaris.

Nul besoin d’un long commentaire. Il suffit de regarder le portrait des belligérants. Ne sont-ils pas bas de plafond ? A Orly, ils auraient dû pourtant savoir que lorsque le plafond est bas, ça ne vole pas haut. Je ne sais pas quand il sortira du trou….. Duc !

Août 09

Se(r)vice public

By Antoine | Non classé

La tete a taux taux

Je sais bien qu’on est en aout et que le QI des vacanciers chute proportionnellement a la temperature de l’anisette de l’apero, mais quand meme…

Notre « cher » service public bat des records de nullite.

Au journal de 20h du 9 aout, le journaliste explique tres doctement que, grace a la baisse des taux d’interet, un emprunteur ne rembourserait « que » 2600 EUR net par mois pour un emprunt de 180 000 EUR a 1,5% sur 20 ans…

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Il ne faut pas etre fort en maths pour noter l’absurdite du montant de l’echeance ! Le chiffre exact est 868 EUR. Cela signifie que PERSONNE dans la redaction ne prete attention a ce qui est diffuse ? On s’etonne ensuite que les francais soient ignares en economie. Comme les journalistes du service public ?

Juil 22

L’amour du risque

By Antoine | Professionnel

Ce n’est pas le refrain d’une célèbre série TV des années 80 avec les deux milliardaires Jonathan et Jennifer, mais ce qui guide ma carrière depuis vingt ans.

Après l’épisode éprouvant que j’ai traversé, j’ai rebondi. Profitant de cette pause obligatoire, j’ai suivi la prestigieuse formation de l’Institut du Management du Risque (IMR) à Bordeaux que je m’apprête à achever cet été. Pour l’instant, je m’en sors avec les honneurs puisqu’ j’atteins une moyenne de 15,7 aux différents examens et contrôles continus. Je ne cache pas que je vise le majorat. A la clé : un diplôme de Bac +6 (je me rapproche ainsi de mon surnom de « bac+17 » qu’on me donnait durant mes classes d’EOR à l’armée).

Après un an en alternance, je suis également en passe de rejoindre un grand cabinet de consulting attaché à la plus grosse entreprise de services informatiques d’Europe, Atos (www.atos.net), comme responsable pour la Nouvelle Aquitaine de la Practice « Governance, Risks & Compliance ». On en reparlera.

Voici pour l’instant un article de ma plume diffusé dans la revue du Groupe (16 000 exemplaires tout de même) :

https://atos.net/fr/blog/lassurance-face-ses-propres-risques

Jan 10

Antifragile

By Antoine | Non classé

Chers amis,

Je vous souhaite avant tout une excellente annee 2018, plus douce et prevenante que l’annee passee…

Pour ma part, je placerai cette annee sous le signe de l’antifragilite. Kezako ?

Je fais mien le concept invente par Nassim Nicholas Taleb dans son livre « Antifragile ».

Un système antifragile est un système qui se renforce et évolue positivement grâce aux problèmes, grâce au chaos, grâce au bordel.  C’est un peu l’archétype de « tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ».  Taleb distingue ainsi le système « fragile » (si on le cogne, il casse), le système robuste (si on le cogne il ne change pas), le système résilient (si on le cogne il plie et retrouve ensuite sa forme d’origine) et le système antifragile : si on le cogne il se renforce.

Notre corps est un parfait exemple de cela.  Non seulement il n’est pas fragile, mais au contraire : il s’adapte aux efforts, aux coups, au froid, au stress.  Si on l’expose à une juste dose de souffrance et qu’on le laisse ensuite récupérer, il devient plus fort, plus résistant, plus performant, mieux adapté. Nos écosystèmes font de même.  Nos cultures aussi.

Nous sommes naturellement antifragiles.

 

Nov 02

Reprise du roman photo !

By Antoine | Non classé

Life is a romance !

Oct 11

Vaclav Havel

By Antoine | Humeur

« La tragédie de l’homme moderne ce n’est pas qu’il ignore le sens de sa vie, c’est que cela le dérange de moins en moins. »

Oct 04

Extrêmement gauche

By Antoine | Politique

La Virago(che) insoumise à la taxe

Si l’information relayée par le Canard Enchainé est vraie, la nausée me submerge en apprenant que Raquel Garrudo, porte parole de La France Insoumise, ne s’est pas acquittée depuis 6 ans de ses cotisations sociales comme avocate (ni de sa cotisation annuelle au barreau mais ce n’est pas de l’argent public).

Déjà que la révélation de leur logement HLM les a obligés à déménager car le couple y louait cet appartement bien situé à vil prix sans y avoir droit (« pas assez pauvre mon fils »), nous atteignons maintenant un nouveau degré dans le cynisme et la tartuferie.

Seule explication : peut-être ne veut-elle pas payer ses 32 000 EUR de cotisations retraite espérant passer sa retraite au Venezuela ?? Avec Melanchavez.

Oct 01

Maître… ou se faire mettre par Yoda ?

By Antoine | Humeur

Maître Yoda ridiculise le roi d’Arabie Saoudite dans les manuels scolaires

Gros fou rire ce matin à la lecture de cet article du New York Times repris par le Figaro (ici).

Un plaisantin – qui risque gros – a osé insérer dans le nouveau manuel scolaire des petits élèves saoudiens une photo trafiquée faisant apparaitre Maître Yoda aux côtés du roi Faysal d’Arabie Saoudite lors de la signature de la Charte des Nations Unies en 1945.

La gifle est énorme. Que la farce soit avec vous.

PS : je pense qu’on devrait proposer l’asile politique au graphiste qui explique avoir réalisé ce montage, mais pas l’avoir introduit dans le manuel. Plusieurs mains vont être amputées !

Oct 01

Souvenirs du luxe discret des cabines-lit T2

By Antoine | Souvenirs

Voyage voyage

Le but est dans le chemin : non pas où l’on va mais comment l’on s’y rend. Pour moi, l’Amérique se découvre donc à bord du Queen Elisabeth (à défaut du Normandie ou du France avec leurs verrières Lalique) ou Venise par l’Orient-Express.

En 1973, année de ma naissance, la SNCF découvre à son tour les charmes du train de nuit et son potentiel , alors qu’on commence à parler de l’or blanc des nouvelles stations de ski des Alpes. La SNCF commande alors 82 wagons qui auront bercé les rêves de beaucoup de monde jusqu’à leur vente en 2009 à l’Iran où ils font sûrement encore rêver des petits farsis – jeu de mot – au fond de leurs lits.

Mais le petit, dans les années 70, c’était moi et je souhaite vous raconter l’excitation d’une nuit à bord car ces voyages ont puissamment nourri mon imaginaire.

Il faut déjà se remémorer la Gare de Lyon, lorsque mon étourdi de père ne confondait pas avec la gare d’Austerlitz, nous obligeant à des cavalcades essoufflées dans le métro pour attraper notre train juste à temps… Portant nos vêtements de ski, il nous fallait ensuite un certain temps pour refroidir, comme disait Fernand Raynaud.

Donc, sauf erreur, nous arrivions à l’avance pour prendre un diner au célèbre Buffet de la Gare de Lyon. Dans le pur style des brasseries parisiennes, le brouhaha ambiant vous absorbait. Je ne comprenais même pas comment le garçon pouvait entendre la commande. Il filait en cuisine et revenait presque aussitôt avec nos plats. J’étais sidéré, moi qui vivait alors en Afrique noire.

Le bruit des pièces de monnaie dans la soucoupe blanche marquait le départ et me sortait de cette ivresse sonore où les flots de paroles et d’apostrophes vous parvenaient telles les vagues d’un océan tumultueux.

Le voyage commençait sur le quai. Dans la nuit d’hiver, la livrée laquée bleu-nuit des voitures-lits imposait le respect à côté des autres wagons orange d’une époque qui se voulait moderne. D’ailleurs, il ne fallait pas dire wagons ni train-couchettes car les voitures T2 se targuaient d’offrir de vrais lits (déjà préparés), avec sommiers, oreillers, épaisses et mythiques couvertures rouges, et cabinet de toilette privatif.

T2_sleeping_car

Voici la voiture WLAB T2, dont le nom signifie « Touristes 2e classe ». Eh oui, on respectait les voyageurs eco en ce temps, en comparaison des compagnies low cost d’aujourd’hui qui aimeraient bien nous faire voyager debout dans les avions (bien tenté !). A l’époque, la classe T2, c’était la classe T2, pas une sous-categorie, mais pas le luxe non plus. Juste un confort très apprécié par la clientèle. A méditer.

Il existait, certes, des voitures-lits 1ere classe (« Speciales ») mais pour une seule personne. Or, le luxe n’est pas de vivre de bons moments seuls, n’est-il pas ?

La T2 permettait de voyager en couple en deuxième classe. Son aménagement astucieux est constitué de 18 petites cabines, 9 à niveau, avec 2 lits rabattables superposés convertibles en divan et, intercalées, 9 autres surélevées, avec divan fixe et deux lits hauts parallèles. Mes préférées.

L’accueil relevait du cérémonial. Il flottait ce petit parfum des grands trains de l’entre-deux-guerres. Un porteur vous suivait avec vos malles – pardon, vos bagages ! Sa tête traduisait une autre époque : celle de Gabin ou des gueules de rue tant appréciées des photographes Doisneau ou Cartier-Bresson !

Face a nous, à l’autre bout de la fourchette sociale de la SNCF : le contrôleur des voitures-lits. On l’appelait d’ailleurs « conducteur des wagons-lits » pour marquer le respect dû à sa fonction quasi aristocratique. Il faut dire que le service à bord était impeccable, de l’endormissement a l’apport du petit-déjeuner pile à l’heure souhaitée… Pas de brassard CGT ni de ton de voix revendicatif comme aujourd’hui. « Bienvenue a bord, je vous montre vos cabines. Désirez vous une collation chaude ? » Respect du passager.

Et aujourd’hui, dans un TGV « inoui » au tarif qui l’est tout autant, où est le respect de l’usager ? Les lignes à grande vitesse ont terriblement nuit au petit réseau ferre régional et rural. Il a disparu. Combien de kilomètres ai-je ainsi pu parcourir à pied sur les traverses désaffectées de ces trains d’avant, entre Brionne, Conches en Ouche et Le Neubourg en Normandie…

Nous grimpions. Ah, ça ! les handicapés n’étaient pas à la fête. On les portait, c’est tout. Aujourd’hui, l’alpha et l’oméga du discours « corporate responsible » des entreprises est de permettre aux « personnes à mobilité réduite » de toute faire TOUTES SEULES. Mais l’entraide, ce n’est plus une valeur citoyenne ? Le quai était presque au niveau du sol et il fallait se hisser à bord. L’élévation sociale méritait un effort.

Les bruits assourdis par les épais tapis et les cloisons en bois vous mettaient immédiatement dans l’ambiance.

T2 couloir

La vue de la cabine faisait monter mon excitation. Je dormais avec Papa, tandis que Corine allait avec Sylvie.

T2 plan

Je grimpais dans la cabine haute puis grimpais encore sur ma couchette – pardon ! mon lit -, juste sous le toit arrondi du wagon. J’imaginais la nuit frôôôler ainsi les surfaces rugueuses et saillantes des tunnels glacés que nous traversions pourtant dans la ouate et la laine vierge.

Le train s’élancait alors doucement. Festina lente ! Hâte toi lentement ! On a toute la nuit pour faire 600 Km alors profitons en pour nous faire gentiment bercer au son du célèbre martellement des rails par les bougies. Ce toudoum-toudoum qui ne signifie plus rien aujourd’hui, à l’ère du TGV roulant à 320 Km/h.

Le moment critique était alors là : ce point de relâchement où l’excitation se transformait en relaxation. Le douceur raide des draps propres bordés au forceps, le moelleux indéfinissable de l’oreiller qui venait amortir les gentils chocs de la tête contre la cloison au gré des aiguillages… Pendant longtemps, comme ce soir dans ma chambre d’hôpital, j’utilisais ce souvenir pour me détendre et m’endormir.

En pleine nuit parfois, un coup de trompe ou le tintement d’un passage à niveau me réveillait et je hasardais un regard à travers les rideaux : la campagne française était percée de phares jaunes. Les Berliet et les cars Saviem circulaient encore sur nos routes. Les maisons étaient toutes simples, sans paraboles ni 3G, ni 4G. Les gens n’étaient pas hyper-connectés mais pas hyper-idiots pour autant. A méditer encore.

S’il fallait aller au toilette, je me faisais fort de descendre de mon nid d’aigle sans émettre le moindre Décibel. C’était un jeu que devait apprécier mon père dont la masse sombre était éclairée par les seules loupiotes orange au raz des plinthes. Une fois dans le cabinet de toilette, je regardais le verre dans son support en inox, la serviette de toilette de mon père avec sa fameuse eau de Cologne Roger & Gallet extra-vieille Jean Marie Farina. Il en fallait un peu pour masquer les effluves de ma petite crotte que, d’un geste auguste mais finalement très lâche, je faisais disparaitre sur la voie ferrée. Eh oui ! A l’époque et jusqu’à l’avènement des TGV, les crottes des usagers de la SNCF tombaient sur la voie. C’était écologique, sauf en gare de Saint Pierre des Corps !

Je repartais au lit, imaginant quelques secondes ma crotte fumante dans la campagne froide, quelque part, du cote de Dijon…

Au petit matin, mon père se levait pour aller fumer sa première cigarette dans le couloir. L’odeur de Dunhill rouge signait souvent ainsi le début des journées mais elle scellait aussi le destin de mon père qui en mourut 30 ans plus tard.

Me penchant à mon tour par la fenêtre, le froid de l’aube bleutée saisissait mes narines pour achever de me réveiller. A mon grand bonheur, les premiers paquets de neige longeaient la voie. A l’époque, on ne stressait pas s’il allait y avoir de la neige, et combien, et quel pourcentage du domaine skiable ouvert, et quel indice de soleil, et quel indice UV ?… Aujourd’hui, les gens tentent de se rassurer ou plutôt ils s’inquiètent en se soumettant à des tombereaux d’informations, des KPI ou key performance index, qui, finalement, ne changent rien à la réalité… Triste. Le monde est tel qu’il est. Il faut vivre le présent et poser nos smartphones et se déconnecter des sites de notation ou de partage en temps réel d’un ressenti inintéressant et futile s’il n’est pas réfléchi.

Le voyage invite à la réflexion, pas à envoyer sur Snapchat la photo de son assiette !

Puis le train arrivait en gare de Bourg Saint Maurice. Les nuques se tournaient vers le haut, les sommets étincelants… Nous marchions vers le téléphérique le cœur léger, le souffle écourté par l’altitude : les vacances commencent !

téléphérique

Le téléphérique fut remplacé en 1990 par un funiculaire aussi cubique que laid. Le culte de la vitesse a emporté tant les T2 que les téléphériques. Arrivé plus vite sur place, le consommateur consomme plus. Il a oublié que le but était dans le chemin.