Monthly Archives: septembre 2018

Sep 16

Rateau, Yves, Goodbye !

By Antoine | Souvenirs

L’homme git là.

Depuis 4 ans déjà mais le temps n’a plus de prise sur lui maintenant. La pierre tombale, cuite et recuite par le soleil de cette fin d’après-midi de septembre réchauffe-t-elle la nuit du tombeau ? Ni chaud, ni froid, Yves est au-delà des plaisirs et des souffrances. Il git, serein. Une vie bien remplie à son actif. Il peut maintenant rester passif.

Son épouse, sa veuve, s’était accroupie, posant une fesse sur la marche du caveau, la tête tournée vers le soleil qui déclinait au-dessus des toits de l’église romane. Le petit cimetière de Fronsac est désert, comme toujours. L’exode rural affecte aussi les cimetières où l’on voit de plus en plus de tombes abandonnées ornées d’un panonceau de la mairie demandant à la famille de se manifester pour cause d’expiration prochaine de la concession. Il n’y a donc plus rien d’éternel, ni en ce bas monde, ni dans l’au-delà ?…

La tombe des Kermoal connaitra-t-elle le même sort ? Un jour, un panonceau priera-t-il la famille de venir entretenir la sépulture ou de payer le prix d’une nouvelle concession ?

Fronsac

Son épouse, sa veuve, a du mal à se relever. Non point en raison de l’âge de ses articulations, mais parce qu’elle sait que se remettre debout formalisera le signe du départ. Partir de Fronsac, c’est tourner une page, un chapitre, un volume, l’encyclopédie d’une vie de couple de près de 40 ans. Alors elle reste quelques instants de plus et elle se remémore.

Ils se sont dit « oui » dans la moiteur équatoriale du Nigéria. La luxuriance du jardin de leur villa de fonction la transposait tellement loin du macadam parisien où elle avait toujours vécu. Une nouvelle vie s’ouvrait ainsi à elle. Une vie d’expat. Plus les petits marchés de Lagos que la Samaritaine ; plus les camemberts congelés rapportés par le vol UTA que le café-croissant place de la Madeleine ; plus les sables de la lagune que ceux du square du Ranelagh. Et moi, qui n’avais qu’un an.

Ce second mariage sera-t-il le bon ? A en juger par sa durée, la réponse est aujourd’hui connue. Mais l’intensité de cette vie de couple à travers les pays et les décennies permet encore plus de répondre oui.

Elle se souvient des orages équatoriaux et de sa fille chassant dans le jardin avec un balais les crapauds trop bruyants qui l’empêchaient de dormir. Elle se souvient du rose flamboyant des bougainvilliers recouvrant de la fière façade de la quinta de Sao Romao à Cascais, dressée face à l’Atlantique. Elle se souvient de la roseraie à Johannesburg et de ces oiseaux Adedas qui la parcouraient de leurs grandes pattes, dans la brume de l’aube, à la recherche de leur pitance.

Et puis en 1981, la retraite victorieuse et l’établissement dans la grande demeure familiale du Gaby surplombant la vallée de la Dordogne. Les voici, propriétaires terriens, surveillant leurs vignes de Canon Fronsac sur leurs coteaux argilo-calcaires. Les petits matins de septembre, ils ouvraient leurs volets et voyaient les ouvriers agricoles déjà à l’oeuvre pour la vendange du millésime 1982. On se souviendra longtemps du goût dans le palais de ce cru d’exception, tandis que moi je découvrais le vin avec les millésimes 1983 et 1985, mes favoris. Dehors, dans la cour du château, planaient les vapeurs d’alcool de la fermentation du vin dans les cuviers. Douce ivresse…

Tandis que le bus Saviem de ramassage scolaire fendait le brouillard de ses phares jaunes pour me descendre vers l’école communale, je laissais derrière moi ce couple tendre qui vaquait à ses occupations : Yves s’appliquait à la pose des étiquettes sur les bouteilles, assis dans le vieux chai sur une chaise branlante. Patricia tapait à la machine les catalogues et les courriers à destination des fidèles clients amateurs des vins tanniques du château du Gaby.

Une vie calme aurait pu ainsi couler, aussi sereinement que les eaux de la Dordogne défilant en contrebas. On aurait pu regarder pousser les grands arbres déjà centenaires : chênes, sapinettes, cèdres… en priant pour que la tempête hivernale suivante ne les jette pas à terre. Mais la vie aussi connait ses tempêtes et en 1985, la mort soudaine de l’oncle Henri fit apparaitre une ardoise dans sa comptabilité qu’Yves s’honorera à éponger, quitte à devoir vendre la propriété qui était dans sa famille depuis trois siècles.

Comme Capri, « le Gaby, c’est fini ».

Nous avons tous ensemble découvert le domaine de Rateau, notre nouvelle demeure familiale, juste au Nord de Libourne. Pour un peu, par-dessus la crête du vallon, nous pouvions voir le gros château d’eau de Saillans qui se dressait derrière le Gaby. Nous n’allions donc pas si loin et moi, j’aimais bien continuer d’aller à la messe du dimanche à Fronsac, dans sa vieille église du XIème siècle.

Rateau fut un havre de paix. Plus confortable que le Gaby. Sans plus ses prestigieuses vignes, mais sans non plus la corvée de l’étiquetage dans le vieux chai. Yves pouvait commencer à vieillir, mais sans se presser, recevant ses amis et les nombreux membres de la famille.  Richard continuait de venir l’été pour nous faire mourir de rire avec ses histoires. L’allée se prêtait tout aussi bien à de longues parties de pétanque et les grenouilles chantaient aussi fort le soir que leurs congénères de Lagos.

Son épouse aurait certes aimé côtoyer des amis un poil plus jeunes et la bourgeoise libournaise n’était pas vraiment distrayante, mais on était bien, là, entre deux tontes et un bain de soleil au bord de la piscine. Cyril, arrivé à Rateau à 4 ans, fut le petit farfadet apportant tous les jours la fraicheur de son jeune âge. Yves était un vieux jeune père et Cyril lui fit du bien. Et puis les petits-enfants sont nés et Rateau est devenue une pouponnière. Les fêtes de la Nativité ont renouvelé la magie des soirées de réveillon, les cris d’excitation des enfants, les foies-gras faits maison…

En mai, nous cuisions des aloses au barbecue, fourrées d’oseille, comme il se doit, pour dissoudre les arêtes. A l’automne, les poêlées de cèpes concurrençaient en superlatifs les cotes de bœuf grillées de chez Casajus.

La vieillesse s’est approchée tout doucement, pour ne pas nous effrayer. Yves maintenait son agilité d’esprit en continuant d’écrire ses merveilleuses pièces de théâtre qui, toutes, transportaient le lecteur sur les rivages granitiques de sa Bretagne d’origine. Il s’est également mis au piano, tandis que Yann peignait dans le garage, nimbé des vapeurs de white spirit. Le soir, Yann prenait possession du piano et, sans avoir jamais réellement pris de cours, ses doigts glissaient sur le clavier et improvisaient des airs à vous retourner l’âme tant ils étaient chargés de spleen et de profondeur.

Et puis Yann est décédé, comme son frère Alexis quelques ans plus tôt. Yves survivait à ses enfants. Après ses mémorables « quatre-vingts endives », il ne comptait plus les bougies sur ses gâteaux d’anniversaire. Nous non plus. Nous savions que nul n’est éternel, mais nous accompagnions Yves sans trop redouter le futur.

Les dernières années furent pourtant difficiles, pour lui, mais aussi pour son épouse, qui savait bien qu’elle aurait à s’occuper de plus en plus de lui. La charge fut lourde, mais l’amour qui animait le couple permettait de tenir bon.

En plein été 2014, pourtant, Yves tirait sa révérence, non sans avoir rédigé ses mémoires, vibrantes, qui imposaient le plus vif respect pour cette vie d’homme si bien remplie.

La pierre chaude du tombeau du petit cimetière de Fronsac rouvrait ses portes pour accueillir Yves qui y rejoignait ses parents, son frère, sa sœur et ses deux enfants. Il nous laissait au dehors, à Rateau, devenue soudainement trop grande.

Sauf que Rateau m’a accueilli durant toute ma maladie. J’y ai souffert. J’y ai guéri. Reconnaissance éternelle envers ses quatre murs.

Eté 2018. la maison a enfin trouvé preneur et son épouse, sa veuve, achève le déménagement avant de partir s’installer au Pays Basque. Elle ne pouvait pas quitter le libournais sans venir embrasser Yves et lui dire merci pour cette si belle vie passée à ses côtés. Elle se relève, ça y est, elle part.

Allez, va maman ! Va retrouver les vivants, les bons vivants de Saint Jean de Luz. Tes anciens amis de ta jeunesse parisienne qui, eux-aussi, ont quitté la capitale pour la côte des basques.

Rateau ciel bleu

Sep 08

Bas du front

By Antoine | Humeur

Alors que le monde part en sucettes sous les coups de boutoirs de butors de Trump, Poutine, Xi, les Brexiters et les populistes italiens, les spectateurs du PAF n’ont d’yeux que pour les bourre-PIF de Booba et de Kaaris.

Nul besoin d’un long commentaire. Il suffit de regarder le portrait des belligérants. Ne sont-ils pas bas de plafond ? A Orly, ils auraient dû pourtant savoir que lorsque le plafond est bas, ça ne vole pas haut. Je ne sais pas quand il sortira du trou….. Duc !