Adieu, enfant du maquis

By Antoine | Souvenirs

Juil 25

1965-2020

Christian était pour nous « l’enfant du maquis », du nom de la chanson qu’il avait composée et qu’il nous avait chantée lors de notre première rencontre, il y a environ 15 ans de cela.

L’enfant du maquis, éternel vagabond, a bien pris cette fois le maquis et bien malin celui qui réussira à l’y retrouver !

Christian était indissociable de la musique qui l’habitait, muse des plus plaisantes qu’il servait bien en retour, pour notre bonheur à tous. Sa musique alliait les influences, avec toujours une touche latine nous rappelant ses origines, bien au Sud des Pyrénées. Son accent du Sud-Ouest aussi nous enchantait.

Mais plus que tout ce qui peut le caractériser, c’est surtout la profonde humanité dont il a témoigné, son amour de l’Homme qui explique à lui seul ses convictions politiques radicales et assumées. Que de débats endiablés autour de la table, tard le soir, entre lui, d’extrême gauche, et moi, d’extrême centre !

Impossible de le raisonner. Les démonstrations économiques ne l’intéressaient pas. Seule la libération de l’Homme lui importait. Car il faisait partie des rares personnes connaissant la clé du bonheur et donc de cet affranchissement : des amis, de la musique, un sens des priorités et le respect de ses propres convictions.

Christian était indéfectiblement fidèle à lui-même comme à ses amis. C’était un ami sûr.

Christian était aussi un bon marin (« homme libre, toujours tu chériras la mer ») et il avait à cœur de partager son plaisir d’être sur l’eau. Peu importe le gros trou dans les vieilles voiles ressemblant plus à des culottes de grand-mère. La joie d’être réunis sur l’eau suffisait pour assurer l’essentiel. Nos enfants ont tiré leurs premiers bords sur son voilier. Ils en garderont certainement très longtemps le souvenir.

Mais comme dit le poète et chanteur sur l’air des « copains d’abord » : son trou dans l’eau jamais ne se refermera…

La disparition si soudaine de Christian nous cause la même peine que lors de la disparition tout aussi cruelle et anticipée de Marian, son ami, notre ami aussi à tous. Le golfe de Porto-Vecchio compte maintenant deux trous dans l’eau et nous ne pourrons regarder cette étendue mouvante et émouvante sans penser à eux.

La grande bleue dilue aujourd’hui les cendres de Christian, afin qu’il devienne ce paysage sublime, éternel et bienfaisant.

Avec peu, Christian avait tout. En pensant à cette vérité m’est revenu à l’esprit ce poème d’Arthur Rimbaud qui lui correspond si bien :

« Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;

Mon paletot aussi devenait idéal ;

J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;

Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.

– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course

Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.

– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,

Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes

De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,

Comme des lyres, je tirais les élastiques

De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur ! »

Christian, nous t’aimons. Va dire bonjour à Poséidon et à ta muse !

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