Verbatim du philosophe Jean-Loup Bonnamy
Ce blog a aussi pour fonction de retranscrire en l’état des extraits lus dans les journaux et qui m’ont marqué par leur justesse :
A propos des raisons de la montée du populisme et des récentes décisions des électeurs de renverser la table (Brexit, Trump, etc.) :
« La globalisation n’a pas laminé les classes moyennes que sur le plan économique. Elle a aussi attaqué leurs valeurs. L’épargne est ainsi découragée par les taux d’intérêt, le travail par la pression fiscale. L’idée de progrès vole en éclat quand vous comprenez que vos enfants vivront moins bien que vous. L’éducation devient inaccessible du fait de l’explosion des coûts de scolarité. L’honnêteté, l’égalité devant la loi et la publicité du droit font pâle figure face à la puissance des lobbys et aux coûts désormais astronomiques des frais de justice.
L’une des grandes forces des Trente Glorieuses est d’avoir considérablement élargi et renforcé les classes moyennes, notamment en faisant en sorte que la classe ouvrière industrielle fasse désormais partie des classes moyennes, ce qui a puissamment consolidé la démocratie. Mais la désindustrialisation, la pression fiscale, la hausse de l’immobilier, la montée des inégalités et la faiblesse de la croissance minent en profondeur les classes moyennes. La société tend de plus en plus à se partager en deux pôles extrêmes: les riches et les pauvres. Il est normal que cette souffrance se traduise politiquement.
De plus, les classes moyennes sont le principal soutien de la démocratie. Aristote soulignait déjà que la démocratie était le régime des couches intermédiaires. Depuis le XIXème siècle, ce sont elles qui ont soutenu la démocratie en France, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Par contre, lorsqu’elles ont été violemment ébranlées en Italie et en Allemagne, elles ont abandonné la démocratie et se sont tournées vers le fascisme et vers le nazisme. Ce sont elles qui assurent la fonction d’encadrement dans la vie économique, elles qui paient l’essentiel de l’impôt sur les ménages, elles qui financent la protection sociale. »