Les bordelais connaissent bien la barrière d’Ornano. Ils savent probablement qu’Alphonse d’Ornano fut Maréchal de France à la fin du XVI° siècle.
Mais peu de gens connaissent l’histoire poignante de sa mère, Vannina et de son père, Sampiero Corso, le fameux condottiere chargé par Henri II d’une mission auprès de Soliman le Magnifique et du Bey d’Alger (Alger, toujours !!!) puis qui se mua en combattant acharné tentant de chasser la République Génoise de l’île. Trop tôt et en vain.
Sampiero et Vannina étaient mari et femme. Sampiero fut son bourreau.
Sampiero laisse sa femme à Marseille, en lui donnant procuration pour gérer tous ses biens.
La république de Gênes, ennemie de Sampiero, tire parti de son absence : elle gagne à sa cause l’abbé Umbrone, précepteur des enfants, qui persuade Vannina de venir à Gênes afin d’obtenir la restitution des biens des Ornano, confisqués par la République.
Espérait-elle négocier à Gênes la grâce de son mari, dont la tête a été mise à prix ? On a également suggéré le désir d’échapper à son époux et accusé sa prodigalité et sa conduite légère. Ayant pris sa décision, elle règle alors ses affaires matérielles, emportant tout ce qu’elle peut et vendant tout ce qu’elle laisse. Elle s’embarque ensuite pour Gênes avec son fils cadet Antoine, l’abbé Umbrone et quelques serviteurs.
Sampiero ayant été instruit de cette trahison, il révoque la procuration donnée et ordonne qu’on se lance à sa poursuite. Celle-ci est rattrapée dans la baie d’Antibes. Enfermée dans le château d’Antibes, elle parvient à écrire une lettre aux sénateurs génois pour implorer secours, lettre qui achève de la perdre.
Transférée à Marseille, puis à Aix, elle embarrasse le Parlement d’Aix qui n’ose ni prolonger une détention qui lui semble arbitraire ni, en y mettant un terme, risquer de mécontenter un colonel au service du roi de France. Il adopte alors un compromis par lequel il lui rend l’administration de ses biens, mais lui interdit de quitter la ville.
Ce délai permet à Sampiero de revenir : arrivé à Aix, il demande au parlement qu’on lui rende son épouse, demande qui est accordée contre la promesse de ne pas la maltraiter et avec le consentement de celle-ci.
Le couple revient alors à Marseille : Sampiero lui fait rédiger son testament ce qui lui permet de recouvrer ses biens, dont il a besoin pour financer l’expédition qu’il projette en Corse, puis l’étrangle. Il lui aurait déclaré que la faute qu’elle a commise mérite la mort et de se préparer à mourir. Sans se plaindre, Vannina lui aurait demandé comme seule grâce la consolation d’expirer par les mains de son mari. Celui-ci, le chapeau à la main, lui aurait demandé pardon, et agenouillé, après l’avoir embrassée, lui aurait passé un linge autour du cou avant de l’étrangler.
Sampiero fait ensuite ensevelir sa femme en grande pompe et prend le deuil. Le Parlement d’Aix n’ose sévir, et la Cour accueille froidement la nouvelle. La famille d’Ornano offre alors deux mille ducats d’or à qui ramènerait la tête du colonel, et Gênes quatre mille.
Ces évènements n’empêchent pas Catherine de Médicis de lui confier la tête d’une nouvelle expédition en Corse, où il débarque en 1564. C’est là qu’il tombe en 1567 à dans une embuscade organisée par des mercenaires corses au service de Gênes, parmi lesquels trois cousins de sa femme.
Son fils Alphonse reprend à sa mort le nom de sa mère. Il deviendra Maréchal de France.
Voici la magnifique chanson de VOCE VENTU qui rend hommage à ce drame historique et familial.
Vi vogliu cuntà fanduna
Di l’anu sissantrè
Quandu u ventu di sfurtuna
Si cansed’à u so pare,
È ancu in casa reale
Suminedi timpurale.
Girat’avia Arabia
Circataghjentu l’aiutu,
Da Alger a Tunisia
Senza teme lu rifiutu
Si n’hè vultatu in battellu
Samperu lu culinellu.
S’era lasciat’à Vannina
In casa cù li figlioli,
Dui belli ghjuvanotti
Di famiglia li maglioli
Tutti sott’à prutezzione
Di u sgio curat’Umbrone.
Navighend’a ventu in poppa
E à imbastu trattatu
Pensav’à rientre in casa
Da viaghju faticatu
Quandu ghjunsi a bunfulata
Chi a moglia avia mancatu.
Je vais vous raconter l’histoire
De l’an soixante trois
Quand le vent d’infortune
Décida de faire halte
Jusqu’en la maison royale
Il sema la tempête.
Il avait traversé l’Arabie
Quémandant de l’aide
D’Alger en Tunisie
Sans craidre le refus
Il s’en revenait en bateau
Samperu le colonel.
Il avait laissé Vannina
A la maison avec les enfants
Deux beaux jeunes hommes,
Soutien de famille,
Tous sous la protection
De l’abbé Umbrone.
Naviguant vent en poupe
Et toutes voiles dehors,
Il pensait rentrer chez lui
Fatigué par le voyage,
Que lui parvint la nouvelle
Que sa femme l’avait trahi.