O mare, o mare
Traversée vers la Corse en ferry un soir d’été. Plaisir enivrant d’atteindre une île par la mer, dans le respect de son insularité.
Cueillir le moment présent du bonheur simple d’une traversée de nuit. La passerelle de commandement est calme, plongée dans la pénombre comme le pacha dans ses pensées. Je le regarde de dos à travers le hublot séparant touristes et professionnels.
J’aime marcher le soir sur le pont et m’emplir du calme du bruissement des vagues contre la coque et de la suavité de l’air humide et salin. Soudain, sur tribord, j’aperçois un tursiop jouant dans la vague d’étrave. Le souvenir est-il véritable ou n’est-il pas l’expression d’un désir intense renouvelé, traversée après traversée, de croiser la route d’un delphinus delphis ?
La lune, elle, était là, c’est sûr. Ses reflets argentés sur la mer d’encre. La grande bleue drapée de noir comme pour faire son deuil du soleil. Ce clair de lune, lui, je ne l’ai pas inventé. Demain, les cétacés pourront avoir disparu de nos côtes et même du grand large, mais la lune continuera de se lever sur la mer.
Tant que mes yeux pourront voir, ils admireront les noces de la mer et de la lune. Et même lorsque mes yeux auront cessé de s’ouvrir, la lune continuera de promettre à la mer des nuits plus belles que le jour.